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Louis Pailloux est un jeune homme de vingt-sept ans. Cette Lettre à Charles Péguy sur l'amour humaine est son premier livre.Bien plus qu'un simple exercice d'admiration ou de reconnaissance de dette, avec cette lettre-prière toute animée d'une fiévreuse inquiétude, nous entendons une parole de vie et d'amour adressée non pas à un mort, mais à un mort d'au-delà de la mort, à un grand prédécesseur à jamais vivant, un grand intercesseur à qui demander que la vie soit fidèle à elle-même.« Comment vivre dans l'estompement d'amour humaine ? » : telle est la requête de cette lettre ; comment vivre de cette vie que la prime enfance nous a laissé entrevoir, de cette vie dont certainement a vécu et vit encore Péguy ? Il ne s'agit pas pour l'auteur de demander à revivre après la mort, mais de chercher à « renaître » dès cette vie pour « épouser » la lumière dans laquelle baigne « ce vieux monde » qui a succombé à l'âge des machines et de l'argent en voulant nous imposer d'y succomber avec lui.Voilà un très beau texte, fait de jeunesse, de fougue et d'ardeur - et d'un désespoir saturé d'espérance -, mais fait aussi d'une langue qui deviendra son sujet même, son inviolable lieu de résistance et de lutte. Le rythme de cette prose est d'une qualité rare, comme l'amplitude de la bouche sur la rondeur du mot et sa manière de tenir l'écho, la belle enjambée des longues incantations où la grâce de s'approfondir ne cesse d'être recommencée. Le chant, en somme, pour refuser les « convoyeurs de cauchemars » et dire et redire une confiance dans l'acte d'aimer « toujours en chantier ». Il n'y a sans doute pas plus vraie ni plus belle définition de ce que peut être la poésie.